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20 juin 2008

Trakl „Das Gewitter“

Ihr wilden Gebirge, der Adler

Erhabene Trauer.

Goldnes Gewölk

Raucht über steinerner Öde.

Geduldige Stille odmen die Föhren,

Die schwarzen Lämmer am Abgrund,

Wo plötzlich die Bläue

Seltsam verstummt,

Das sanfte Summen der Hummeln.

O grüne Blume –

O Schweigen.

 

Traumhaft erschüttern des Wildbachs

Dunkle Geister das Herz,

Finsternis,

Die über den Schluchten hereinbricht!

Weiße Stimmen

Irrend durch schaurige Vorhöfe,

Zerrißne Terassen,

Der Väter gewaltiger Groll, die Klage

Der Mütter,

Des Knaben goldener Kriegsschrei

Und Ungebornes

Seufzend aus blinden Augen.

 

O Schmerz, du flammendes Anschaun

Der großen Seele!

Schon zuckt im schwarzen Gewühl

Der Rosse und Wagen

Ein rosenschauriger Blitz

In die tönende Fichte.

Magnetische Kühle

Umschwebt dies stolze Haupt,

Glühende Schwermut

Eines zürnenden Gottes.

 

Angst, du giftige Schlange,

Schwarze, stirb im Gestein!

Da stürzen der Tränen

Wilde Ströme herab,

Sturm-Erbarmen,

Hallen in drohenden Donnern

Die schneeigen Gipfel rings.

Feuer

Läutert zerrissene Nacht.

 

 

« L’orage »

 

Monts sauvages, sublime

Tristesse des aigles.

Nuages d’or

Fumant au-dessus d’un désert de pierre.

C’est un calme patient que respirent les pins,

Les agneaux noirs au bord du gouffre

Où tout à coup la bleuité

Se tait étrangement,

Le doux murmure des bourdons.

Ô verte fleur –

Ô silence.

 

Rêveusement les esprits sombres du torrent

Bouleversent le cœur,

Ténèbre

Qui crève sur les abîmes !

Blanches voix

Errant par d’horribles cours,

Des terrasses déchirées,

La violente amertume des pères, la plainte

Des mères,

Le cri de guerre d’or de l’enfant

Et une vie non née

Soupirant de ses yeux aveugles.

 

Ô douleur, contemplation flamboyante

De la grande âme !

Déjà dans la noire cohue

Des chevaux et des voitures jaillit

Le rose horrible d’un éclair

Dans le pin qui résonne.

Fraîcheur magnétique

Qui baigne cette tête fière,

Mélancolie brûlante

D’un dieu irrité.

 

Angoisse, serpent venimeux,

Noire, meurs dans les pierres !

Alors s’abattent les sauvages

Torrents de larmes,

Pitié de la tempête,

Et retentit dans les tonnerres menaçants

Le cercle des cimes neigeuses.

Le feu

Purifie la nuit déchirée.

 

Traduction de Jacques Legrand (GF Flammarion, 1993)

Commentaires

Très beau poème. J'adore Trakl, la beauté des images transmises malgré la simplicité de son style.

Ecrit par : spondy | 20 juin 2008

Pour être honnête, je ne connaissais pas Trakl avant de passer l'agrégation. C'est très beau, en effet, même si c'est souvent glauque.

Ecrit par : Luciole en couleurs | 21 juin 2008

Vraiment beau.

Ça me rend triste d'avoir 'perdu' l'allemand. À part quelque mots comme "grüne Blume", je n'avais pas saisi grand-chose....

Ecrit par : Laure | 22 juin 2008

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